Le Beau,le Bon et la carotte
Un jardinier mange sa carotte fourchue, sa pomme tâchée, son poivron rouge et vert ou sa super grosse tomate. Celui qui connaît la terre apprécie les fruits et légumes un peu difformes, colorés non uniformément, petit ou gros. Il ne jettera pas un fruit imparfait. Mais au supermarché, l’acheteur choisit avec ses yeux. Il rejette les produits qui ne le séduisent pas. Et qui veut des carottes imparfaites, quand on promet la perfection? C’est ainsi que le mensonge s’est installé : « Vous avez droit à la perfection et à l’uniformité ». Comme si la Nature produisait des fruits et légumes parfaits parce que nous exigeons telles formes et telles couleurs.
Dans un vrai champs, il y a des petits et des gros, des très coloré et des moins colorés, des tachetés, des piqués, etc. Il n’y a pas d’uniformité. Les légumes ne sont pas le résultat d’une chaîne de montage, comme les gadgets. Ils sont le résultat d’un processus biologiques qui génère de la diversité.
Un reportage de la Semaine Verte(14 janv.) nous présentait des producteurs maraîchers du Québec obligés de jeter des aliments bons à consommer. Ils affirment que le tiers de la production prendrait la direction du compostage. Pourquoi? À cause des « critères de beauté » uniformes des chaînes d’alimentation. Ces producteurs conventionnels le disaient : pour atteindre les critères de perfection esthétique des chaînes, « il faut arroser plus ». Pas mettre plus d’eau, non, mettre plus de substances phytosanitaires, c’est-à-dire des pesticides. En clair, pour avoir des fruits et légumes parfaits, il faut les enduire de poison.
Ces agriculteurs qui pratiquent une agriculture chimique et industrielle voient bien l’absurdité du système qui en offrant le Beau prive les gens du Bon. Une pomme ou une carotte bourrée de résidus de pesticide est peut être belle à regarder, mais elle est TOXIQUE. Et les producteurs le savent. C’est pourquoi il y a toujours des conversion à l’agriculture biologique.
En agriculture biologique, on ne met pas l’accent sur le Beau, mais sur le Bon. L’agriculteur Bio accepte la diversité parce qu’il travaille avec la nature. Il n’essaie pas de dominer la Nature, mais il travaille avec elle. Un Bon aliment, ne peut pas contenir de résidus de pesticide. Un Bon aliment est issu d’un sol sain et fertile. Un Bon aliment respecte la Nature.Un Bon aliment est naturel. Et, dans la nature, il y a des petits et des gros et de toutes les couleurs.

photo:La semaine verte,
Jérôme Plante, directeur général du Jardin des anges

