Pas de pétrole dans mes légumes

Pendant des milliers d’année les humains se sont nourris sans utiliser le pétrole.

Les légumes poussaient dans de la terre bien engraissée, comme disait mon grand père.

L’histoire millénaire de l’agriculture met en évidence un concept clé : la fertilité du sol. Chaque civilisation a apporté sa compréhension de la fertilité et ses rites. Chaque groupe humain avait ses techniques pour favoriser la fertilité, mais elle restait un mystère. Ce lien instinctif à la terre a nourri les peuples durant des millénaires. L’agriculture biologique poursuit cette tradition et favorise la fertilité du sol d’une façon naturelle surtout par le fumier, les composts, et les engrais verts.

Les découvertes du chimiste allemand Justus von Liebig ramenèrent la notion de fertilité à une formule simple : NPK. Selon lui, les plantes tirent du nitrate, du phosphore et potassium du sol. Il s’agit de remplacer ces minéraux prélevés par les plantes pour rétablir l’équilibre et maintenir la fertilité d’un sol.

Il venait d’inventer le principe des engrais artificiels. Le nitrate et le phosphore qui servaient à produire des explosifs et à faire la guerre trouvaient une application pacifique. Les engrais chimiques (NPK) augmentaient instantanément les rendements agricoles et facilitaient le travail. Plus besoin de garder des animaux. Plus besoin de prendre soin des sols. Cette contribution a donné naissance à l’agriculture industrielle et a transformé la pratique agricole partout sur la planète.

L’engrais chimique dissout dans de l’eau devient assimilable plus rapidement et plus facilement par les plantes. Le sol devient alors un substrat et n’a plus à être un organisme vivant en symbiose avec les racines. La culture hydroponique des plantes peut même se faire sans sol, uniquement eau et minéraux. Mais, le sol vivant contient plusieurs micro-éléments, souvent sous forme de traces, qui contribuent au développement des plantes. C’est pourquoi le problème de l’appauvrissement des plantes et des aliments se posent aujourd’hui. Une plante cultivée hors-sol a-t-elle les mêmes propriétés qu’une plante cultivée dans un sol fertile? Le débat est ouvert.

Comme par ailleurs il faut à peu près deux tonnes et demie à trois tonnes de pétrole pour fabriquer une tonne d’engrais, on voit la très grande quantité de pétrole qui sert désormais à fertiliser les champs. Pensons qu’en agriculture biologique, la fertilité ne vient pas du pétrole, mais des matières biologiques résiduelles souvent gratuites. Quand le coût du pétrole augmente, le coût des engrais augmente aussi. Les petits paysans du Tiers Monde ne peuvent pas suivre. C’est pourquoi, seule l’agriculture biologique peut nourrir ces populations. Cette agriculture n’utilise pas d’intrant issu du pétrole.

L’agriculture industrielle utilise aussi des pesticides issus de la pétrochimie. Et des semences sélectionnées dispendieuses. Et que dire de toutes ces machines agricoles, grosses consommatrices de pétroles.

Une agriculture efficace doit produire des protéines végétales de qualité, et être capable de nourrir une population locale et exporter des surplus.

Mais si les intrants sont indispensables et coûtent chers, ce sont les multinationales du pétrole et des pesticides que l’on nourrit.

L’agriculture industrielle consomme douze calories-pétrole pour produire une calorie alimentaire selon Pierre Rabhi. Peut-on mieux exprimer la dépendance au pétrole?

Cet hiver, quand nous achetons des produits frais, BIO et équitables venant du sud, le camion qui les transporte utilise du pétrole. Mais ce pétrole est une quantité négligeable comparativement au pétrole nécessaire à la production industrielle en champ. Les produits BIO n’ont pas une odeur de pétrole, mais une odeur de terre fertile ayant 12,000 ans d’histoire.

L’agriculture biologique en refusant les engrais chimiques et les pesticides se démarque comme une agriculture « libérée » du pétrole. L’agriculture biologique est une agriculture durable.

Jérôme Plante, directeur général du Jardin des anges


4 Commentaires à “Pas de pétrole dans mes légumes”

  • Chantal dit :
    Samedi 7 janvier 2012 à 7h24

    Bonjour! Est-ce que des bleuets du Mexique arrivent par camion ou par avion? Merci pour votre réponse.
  • Plante dit :
    Samedi 7 janvier 2012 à 10h52

    Bonjour Chantal, les bleuets bio produits au Mexique sont expédiés directement au Québec par camion. C'est un achat qui a une empreinte écologique beaucoup moindre que les bleuets industriels du Mexique. Mais l'idéal c'est un bleuet frais bio et local en saison. Vous en aurez en septembre. Si vous lisez attentivement les étiquettes, vous verrez que nous achetons souvent des bleuets équitables dans le sud. Ce qui ajoute un caractère de solidarité économique à votre achat.
  • Melissa dit :
    Mardi 10 janvier 2012 à 9h30

    Je crois que le point important ici est le fait que les produits bio n'ont pas de pétrole ''à l'intérieur''. Ces fruits et légumes n'ont pas poussé''grâce à une semence modifiée en laboratoire, crée pour résister aux éléments naturels et crée pour être nourrie exclusivement par des engrais chimiques ayant comme ingrédient principal le PÉTROLE. Les semences proviennent d'une plante qui l'a vu naître, éclairée par le soleil, nourrie par la terre et son bio organisme. Non des bleuets du Mexique ne sont pas locaux, la meilleure façon d'en avoir en janvier c'est de les congeler en août, alors que l'on peut en avoir en abondance. encore que l'abondance des petits fruits dans le monde du bio est plutôt difficile, étant donné le manque de producteurs de petits fruits bio. Je consomme donc des petits fruits bio toute l'année, avec modération, afin d'encourager les producteurs équitables du sud et de m'assurer de consommer les vitamines et antioxydants naturels dont mon corps a besoin.
  • Ghislaine Gohier dit :
    Mardi 10 janvier 2012 à 19h48

    BRAVO! Je suis tout à fait d'accord avec ce que vous écrivez; il faut faire connaître et circuler cette information.

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